Elle avait tout fait correctement. Corinne Rey-Bellet avait quitté son mari violent et était revenue dans sa ville natale des Crosets, en Suisse romande. Après des années d’isolement dans la partie germanophone du pays, l’ancienne skieuse de la Coupe du monde était de retour en famille, dans les montagnes où elle était non seulement connue, mais célébrée. Deux fois olympienne et quintuple championne du monde, elle était la fierté de la vallée, la figure marquante d’une famille profondément enracinée dans la culture du ski locale.

Puis vint l’appel téléphonique. Gerold Stadler, son ex-mari, a voulu parler lorsqu’il a rendu leur fils de deux ans. Il a suggéré qu’ils pourraient essayer de résoudre leurs différends. Rey-Bellet était prudent. Elle a accepté de se rencontrer, mais pas seule : sa mère et son frère seraient là. C’est le genre de précaution que les défenseurs de la violence domestique recommandent systématiquement. Le soir du 30 avril 2006, elle a accepté de parler.

C’était la dernière décision qu’elle prendrait. Stadler est arrivé vers 19 heures, saluant brièvement les membres de la famille avant d’entrer dans le chalet. Au début, la réunion semblait calme. Mais plus tard dans la soirée, après que leur fils ait été couché, il a sorti une arme à feu et a tiré sur Rey-Bellet. Il a ensuite abattu sa mère, Verena, et son frère, Alain. L’enfant de deux ans s’est réveillé au son des coups de feu. Stadler s’est enfui et a été retrouvé trois jours plus tard, mort d’une blessure par balle auto-infligée. Verena Rey-Bellet a survécu avec de graves blessures. Elle a perdu ses deux enfants cette nuit-là. Kevin, deux ans, a perdu ses deux parents.

La carrière de skieur de Rey-Bellet a été définie par la cohérence et l’excellence discrète. Elle a remporté cinq courses de Coupe du monde et est montée 15 fois sur le podium. Elle a participé à deux Jeux olympiques et a remporté une médaille d’argent aux Championnats du monde de 2003. Parmi ses réalisations les plus remarquables, elle a remporté une descente et un super-G le même jour – un exploit extraordinaire qui reste inégalé à ce jour.

Elle a pris sa retraite en 2003, laissant derrière elle une carrière qui avait fait d’elle l’une des coureuses les plus respectées de Suisse. À Val-d’Illiez, la vallée du Valais serrée juste à côté de la frontière française où elle est née et a grandi, elle a été traitée comme une personne proche de la royauté. Ses funérailles ont attiré des centaines de personnes, dont des personnalités du monde du ski telles que Pirmin Zurbriggen, Didier Cuche et Sonja Nef.

Ce qui s’est passé dans son mariage n’est pas entièrement connu. Mais le schéma est familier. Après des années de maltraitance, une femme s’en va. Elle entame des démarches juridiques, retourne dans sa famille et cherche à s’éloigner de son agresseur. La séparation est censée apporter la sécurité. Au lieu de cela, cela peut marquer le point le plus dangereux. Les recherches ont constamment montré que la période qui suit immédiatement la séparation est l’une des périodes les plus à risque pour les victimes de violence domestique. Partir ne met pas toujours fin à la menace – cela peut l’intensifier.

20 ans plus tard, son histoire est toujours aussi d’actualité. Chaque année, 50 000 femmes sont tuées dans le monde par leur partenaire ou un membre de leur famille, soit 137 femmes chaque jour.

Corinne Rey-Bellet a consacré sa carrière à se confronter aux risques en tant que spécialiste de la vitesse sur le circuit de la Coupe du monde. Le danger était visible, mesurable et, dans une certaine mesure, contrôlable. Le danger qui lui a coûté la vie n’était ni l’un ni l’autre. Elle a tenté de lui échapper, mais celui-ci l’a suivie jusqu’à l’endroit qu’elle croyait le plus sûr : sa maison, sa famille, ses montagnes.

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