Près de neuf ans après l’effondrement massif d’une montagne au-dessus de Bondo, en Suisse, qui a tué huit personnes, cinq personnes seront jugées lundi, accusées de plusieurs chefs d’homicide par négligence. Le procès, qui aura lieu au Centre de Congrès et Culturel Rondo à Pontresina, dans les Grisons, concerne le glissement de terrain du 23 août 2017 sur le flanc nord-est du Piz Cengalo, au-dessus de la commune de Bregaglia.

Parmi les prévenus se trouve Anna Giacometti, qui était maire de Bregaglia au moment de la catastrophe et qui a ensuite été élue au Conseil national suisse en tant que membre du FDP en 2019. Deux géologues, un ingénieur forestier, un forestier et Giacometti sont accusés de ne pas avoir correctement évalué le danger dans les jours qui ont précédé l’effondrement et, par conséquent, d’avoir laissé ouverts les itinéraires de randonnée.

Les cinq accusés nient ces allégations et la présomption d’innocence s’applique à tous.

Le 23 août 2017, environ 3 millions de mètres cubes (106 millions de pieds cubes) de roche se sont détachés du flanc nord-est du Piz Cengalo à une altitude d’environ 3 000 mètres (9 843 pieds). L’énorme avalanche de roches a également arraché une partie importante d’un petit glacier, envoyant un torrent de roches, de glace et de débris dévaler le Val Bondasca en direction de Bondo. Selon l’acte d’accusation, les débris ont enterré une section de sentier de randonnée de 1,5 à 2 kilomètres (0,9 à 1,2 mile), avec des dépôts atteignant entre 15 et 20 mètres (49 à 66 pieds) de profondeur.

Huit personnes originaires de Suisse, d’Allemagne et d’Autriche ont été prises dans les décombres et tuées.

La catastrophe a provoqué une évacuation massive et est devenue l’une des catastrophes en montagne les plus importantes de ces dernières années en Suisse.

La question centrale du procès sera de savoir si le danger aurait pu être reconnu dans les jours précédant l’effondrement et si les autorités auraient dû donc fermer les voies d’accès au Val Bondasca. Selon l’acte d’accusation, plusieurs signes avant-coureurs n’auraient pas été correctement reconnus. Celles-ci comprenaient des taux de mouvement accélérés détectés par des mesures radar annuelles, qui, selon les procureurs, représentaient un changement significatif dans le comportement de la masse rocheuse instable.

L’activité des chutes de pierres a également augmenté au cours des deux semaines précédant l’effondrement. Des chutes de pierres importantes se sont produites les 12, 13 et 21 août, tandis que l’activité des chutes de pierres sur le flanc nord-est a été décrite comme élevée. Les procureurs affirment également que la partie supérieure de la zone instable s’est considérablement relâchée en raison des mouvements en cours.

L’accusation estime que ces évolutions auraient dû conduire les autorités à prendre des mesures de précaution et à fermer les sentiers de randonnée menant au Val Bondasca. Selon l’acte d’accusation, l’incapacité à mettre en œuvre une telle fermeture a laissé les personnes exposées lorsque la montagne s’est finalement effondrée. Les prévenus sont accusés de multiples homicides par négligence.

Il reste à déterminer si ces allégations pourront être prouvées devant les tribunaux.

L’affaire a mis des années à être jugée. Le ministère public des Grisons a initialement abandonné la procédure pénale en 2019, estimant qu’un comportement criminel ne pouvait pas être établi car l’effondrement de la montagne n’aurait pas pu être prévu dans la mesure nécessaire pour engager une responsabilité pénale. Les proches des victimes ont contesté cette décision.

L’affaire a finalement été portée devant le Tribunal fédéral suisse, qui a accepté le recours et renvoyé l’affaire pour un examen plus approfondi. Suite à ce jugement, le parquet a commandé une nouvelle expertise géologique. Cette nouvelle enquête a finalement conduit à des accusations contre les cinq accusés.

Parmi les cinq prévenus figurent deux géologues, un ingénieur forestier, un forestier et l’ancienne maire de Bregaglia, Anna Giacometti.. Au moment de la catastrophe, l’un des géologues et l’ingénieur forestier travaillaient pour l’Office des forêts et des risques naturels du canton des Grisons. Giacometti était maire de Bregaglia lorsque le glissement de terrain s’est produit. Elle est ensuite entrée en politique nationale et a été élue au Conseil national suisse en 2019 en tant que représentante du FDP.

L’accusation allègue que les accusés n’ont collectivement pas répondu de manière appropriée aux signes avant-coureurs avant l’effondrement. Les procureurs affirment notamment qu’ils auraient dû ordonner la fermeture préventive des voies d’accès au Val Bondasca.

11 personnes sont répertoriées comme plaignants privés dans l’acte d’accusation. Ce sont des proches de personnes décédées lors de la catastrophe du Piz Cengalo. La procédure pénale implique donc non seulement des questions de prévisions géologiques et de sécurité publique, mais aussi la recherche de responsabilités par les familles suite aux décès. Les sanctions demandées par l’accusation n’ont pas été annoncées publiquement avant le procès. Selon l’acte d’accusation, les procureurs présenteront leurs demandes de condamnation lors de l’audience principale.

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