La communauté montagnarde suit un code tacite : Lorsque vous invitez un novice en haute montagne, vous assumez la responsabilité de sa survie. Une décision historique du tribunal régional d’Innsbruck contre Thomas Plamberger a désormais inscrit ce code dans la loi.
Le 19 janvier 2025, Kerstin Gurtner décède d’hypothermie lors d’une ascension hivernale du Grossglockner. Ses amis et sa famille ont décrit l’homme de 33 ans comme un « montagnard » et un « enfant de l’hiver ». Plus d’un an plus tard, le 19 février 2026, un tribunal a déclaré son partenaire, Thomas Plamberger, coupable d’homicide involontaire par négligence grave. Il a été condamné à cinq mois de prison avec sursis et à 9 400 € d’amende.
La condamnation reposait sur la doctrine juridique du « statut de garant » (Garantenstellung). Le tribunal a statué que l’expertise de Plamberger créait une obligation légale spécifique de protéger son partenaire novice. Parce que Gurtner comptait entièrement sur lui, son rôle est passé de celui de guide moral à celui de protecteur légalement tenu. Il a manqué à cette obligation en ne reconnaissant pas ses limites et en la laissant seule dans un état mettant sa vie en danger.

Les documents déposés auprès du tribunal montrent que le couple a été confronté dès le début à des vents de 45 mph (72 km/h) et à des températures inférieures à zéro. Les procureurs ont fait valoir que Plamberger avait ignoré plusieurs points de retour alors que les conditions météorologiques se détérioraient. Il avait gravi cette route près de 15 fois avant l’incident.
Les preuves les plus accablantes concernaient les équipements de survie. À 2 heures du matin, Plamberger a quitté Gurtner pour chercher de l’aide. Cependant, il a emporté avec lui sa couverture de secours et son sac de bivouac, la laissant sans équipement de survie essentiel. Les experts alpins ont déclaré qu’elle aurait probablement survécu avec cet équipement. De plus, les appels téléphoniques de Plamberger à la police étaient vagues. Ils n’ont pas réussi à exprimer la gravité de la situation d’urgence, ce qui a retardé l’intervention des secours.
Le juge Norbert Hofer, alpiniste actif et sauveteur en montagne, a abordé la forte disparité entre les deux alpinistes. Il a noté que la mentalité de « sommet à tout prix » de Plamberger l’avait aveuglé sur la détresse évidente de son partenaire, affirmant que leurs capacités techniques et leurs niveaux d’expérience étaient des « galaxies » à part.
Le tribunal a également entendu le témoignage d’un témoin surprise, Andrea Bergener, une ex-petite amie de Plamberger. Elle a décrit un incident effrayant similaire sur la même montagne en 2023, où Plamberger l’a abandonnée dans le noir après que sa lampe frontale soit tombée en panne. Elle a témoigné qu’elle « se sentait étourdie » et qu’elle pleurait et criait.
L’affaire n’est toujours pas résolue car la défense et l’accusation ont fait appel, la première demandant un acquittement et la seconde une peine plus sévère. Même si les appels ont été déposés quelques jours après le verdict, la procédure judiciaire pourrait prendre plusieurs mois, voire plus d’un an, pour parvenir à une conclusion devant les tribunaux supérieurs. Malgré les conclusions judiciaires, les parents de Gurtner ont déclaré au tribunal qu’elle était « très active » dans l’alpinisme depuis 2020, sa mère ajoutant qu’elle n’aurait pas « suivi aveuglément ».
Quelle que soit l’issue finale, l’affaire Plamberger a créé un profond précédent. Aux yeux de la loi, le lien entre deux grimpeurs ne peut être ignoré ou dissous lorsque les circonstances mettent leur vie en danger.

