La candidature de Johan Eliasch à un troisième mandat à la présidence de la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) a pris une nouvelle tournure puisque le milliardaire s’est imposé comme candidat non pas pour la Grande-Bretagne ou la Suède, mais pour la Géorgie.
La FIS a publié mercredi 22 avril sa liste de cinq candidats à la présidentielle, avant les élections du 11 juin à Belgrade, confirmant qu’Eliasch avait été nommé par l’Association géorgienne de ski après des semaines de spéculations sur la fédération nationale qui soutiendrait le président sortant. La Suède et la Grande-Bretagne ont refusé de proposer Eliasch comme candidat.
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Cette décision a immédiatement fait sourciller le monde du ski, car les statuts de la FIS exigent que les candidats à la présidence soient titulaires d’un passeport valide du pays de la fédération qui les nomme. Eliasch, né à Djursholm, en Suède, et devenu plus tard citoyen britannique, aurait donc besoin de la nationalité géorgienne pour être légalement soumis aux règles de la fédération.
Cette nomination inhabituelle n’a fait qu’ajouter au drame politique entourant une élection qui était déjà censée raviver les tensions liées à l’accession au pouvoir d’Eliasch, profondément controversée, en 2021. Eliasch, le propriétaire de HEAD, a d’abord remporté la présidence lors d’une élection que beaucoup dans le sport ont qualifiée de chaotique et profondément imparfaite. Il s’est présenté comme le seul candidat, laissant les fédérations nationales sans alternative significative sur le bulletin de vote. Plutôt que d’approuver le processus, 56 des 126 associations membres de la FIS se sont retirées du vote en signe de protestation.
Plusieurs des nations de ski les plus influentes d’Europe, dont l’Autriche, la Suisse, l’Allemagne et la Croatie, ont ensuite contesté la légitimité de l’élection devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) avant d’abandonner l’affaire. Malgré cela, l’épisode a révélé une fracture entre Eliasch et certaines parties de la base du pouvoir alpin traditionnel qui n’a jamais complètement disparu.
Depuis son entrée en fonction, Eliasch a poursuivi un programme de modernisation agressif, centralisant les droits commerciaux et poussant à une vision plus globale du ski et du snowboard. Les partisans ont fait valoir que le sport a besoin d’un leadership plus fort et d’une stratégie commerciale plus unifiée pour rivaliser sur un marché sportif international encombré.
Les critiques l’ont cependant accusé de gouverner selon un style descendant qui a aliéné les nations de ski établies de longue date et a concentré trop de pouvoir dans le bureau du président. Sa décision d’accepter l’Azerbaïdjan comme sponsor principal des épreuves de ski libre de la FIS a suscité d’importantes réactions politiques, le Kazakhstan se retirant par la suite de l’organisation de la Coupe du monde de bosses.
La dernière nomination semble souligner cette relation tendue. La Grande-Bretagne a plutôt nommé sa propre directrice générale de la fédération, Victoria Gosling, tandis que les médias suédois suggèrent qu’Eliasch n’a plus non plus le soutien de sa fédération d’origine. La fédération géorgienne est donc devenue le véhicule inattendu de sa campagne de réélection.
Eliasch affrontera quatre challengers en juin, dont Dexter Paine des États-Unis, Anna Harboe Falkenberg du Danemark et Alexander Ospelt du Liechtenstein, dans ce qui s’annonce comme la course présidentielle la plus disputée de la FIS depuis des années.
Cependant, pour de nombreux acteurs du sport, la question n’est peut-être pas tant de savoir qui gagnera que de savoir ce que la candidature d’Eliasch dit de l’état actuel de la politique de la FIS. Un président autrefois élu lors d’un débrayage cherche désormais à briguer un autre mandat par l’intermédiaire de la fédération nationale de ski d’un pays avec lequel il n’a aucun lien. C’est une décision pour le moins controversée.
