Les montagnes autour du Tyrol étaient particulièrement calmes au début de l’hiver 2025-2026. La neige était rare, les températures douces et les skieurs de hors-piste se frayaient un chemin dans les rochers plutôt que dans la poudreuse. C’était, selon les normes alpines, une fausse paix.

Ce qui a suivi dans la région alpine trinationale du Tyrol, du Tyrol du Sud et du Trentin – connue collectivement sous le nom d’Euregio – a été l’une des saisons d’avalanches les plus meurtrières de mémoire récente. Au moment où le bulletin final a été publié le 2 mai, 40 personnes avaient été tuées et 34 blessées lors de 62 incidents d’avalanche dans le Tyrol, le Tyrol du Sud et le Trentin. Ce bilan reflète une tendance plus large à travers l’Europe, où les décès par avalanche ont augmenté bien au-delà des normes récentes.

Dans toute l’Europe, 146 personnes sont mortes dans des avalanches cette saison, soit plus du double du total de l’année dernière et 40 % de plus que la moyenne sur 20 ans. L’Euregio représente à lui seul environ 27 % de ces décès. Malheureusement, la région de l’Euregio – le territoire transfrontalier partagé par le Tyrol autrichien, le Tyrol du Sud italien et la province autonome du Trentin – a suivi la même trajectoire que celle observée dans les Alpes occidentales.

Pourquoi cet hiver était si dangereux

Le danger de la saison se résumait à un schéma familier mais mortel : un faible manteau neigeux précoce suivi de fortes chutes de neige. Le début de l’hiver a créé une couche de base instable – le « Altschneepproblem » (vieux problème de neige) – dans une grande partie de la région. Lorsque les tempêtes sont arrivées en janvier et février, de la nouvelle neige s’est déposée sur ces fondations fragiles, réinitialisant l’instabilité plutôt que de la stabiliser.

Patrick Nairz, chef du service d’alerte aux avalanches du Tyrol, a décrit une période prolongée au cours de laquelle les signaux d’alarme classiques – déclenchements spontanés, fissurations, tassements et déclenchements à distance – étaient constants. Il ne s’agissait pas là d’un problème propre au Tyrol. Dans les Alpes, un faible manteau neigeux en début de saison a jeté les bases de mois d’instabilité. Lorsque les tempêtes hivernales sont finalement arrivées, elles n’ont pas guéri le manteau neigeux, elles ont plutôt amplifié ses faiblesses.

Les chiffres

Sur les 40 victimes de l’Euregio :

Le contraste avec l’hiver précédent est saisissant. En 2024-2025, seulement 11 personnes sont mortes dans toute la région de l’Euregio. Le bilan de cette saison, qui s’élève à 40 personnes, est près de quatre fois plus élevé. Environ 90 % des personnes tuées étaient des hommes.

Les niveaux de danger soutenus reflètent la gravité de la saison. Le niveau de danger 4 (« élevé ») a été déclaré 19 jours différents. Entre le 16 et le 25 février, ce niveau s’est maintenu pendant 10 jours consécutifs. Du 25 janvier au 7 mars – soit une période de 32 jours consécutifs – le niveau de danger 3 (« considérable ») est resté en place.

Les avalanches déclenchées par l’homme se sont également multipliées, avec plus de 500 enregistrées cette saison, contre environ 200 l’hiver précédent.

9,1 millions de contrôles prévisionnels – et 40 décès

Les chiffres des visites sur le site Web racontent une histoire encore plus profonde. Le rapport Euregio Avalanche Report sur lawinen.report a été consulté un nombre record de 9,1 millions de fois cette saison, contre 5,7 millions l’hiver dernier et environ cinq millions l’année précédente. Cette augmentation de 60 % suggère que le public est attentif et s’efforce activement de prendre des décisions éclairées.

Et pourtant, 40 personnes sont quand même mortes.

Cet écart – entre vérifier les prévisions et interpréter correctement ce que cela signifie pour la pente spécifique que vous vous apprêtez à skier – est l’un des défis de sécurité les plus importants dans l’arrière-pays moderne.

Il ne s’agit pas d’un manque d’information. Le bulletin Euregio est largement considéré comme l’un des systèmes d’alerte aux avalanches les plus sophistiqués au monde. Il s’agit plus probablement d’un échec d’interprétation : la distance entre une cote de danger régionale et une décision personnelle prise sur un aspect précis, à une altitude précise, un jour précis.

Le manteau neigeux de cette saison était particulièrement impitoyable à cet égard. Les couches fragiles persistantes sont notoirement difficiles à évaluer sur le terrain. Une pente peut paraître stable – pas de fissures, pas de « whoumpfing », pas de signaux d’alarme évidents – et être néanmoins prête à se libérer.

Les skieurs expérimentés ont été surpris. Les gens qui avaient vérifié les prévisions ce matin-là ont été surpris.

Ce n’est pas une raison pour blâmer. C’est une raison d’humilité.

Combler le fossé

Qu’est-ce qui pourrait aider ? Les éducateurs en matière d’avalanches soulignent de plus en plus l’écart entre la sensibilisation aux dangers et la gestion du terrain. Savoir que le niveau de danger est élevé est une chose ; comprendre quel terrain spécifique éviter en est une autre.

L’accent mis davantage sur la prise de décision dans le monde réel, des cadres structurés comme le Triangle des avalanches et le développement continu de prévisions spécifiques à un site – déjà testées dans certaines parties d’Europe – pourraient contribuer à combler cet écart.

L’engagement record concernant le rapport sur les avalanches est, à sa manière, un signe d’espoir : les gens y prêtent attention. Mais cette saison a clairement montré une chose : l’information seule ne suffit pas.

L’avenir de la sécurité en matière d’avalanches ne dépend pas seulement de meilleures prévisions, mais aussi de la réduction de l’écart entre la connaissance du danger et sa reconnaissance sur la pente devant vous.

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