Le Forum économique mondial revient dans les Alpes suisses demain, 19 janvier, pour lancer sa 56e réunion annuelle sous le thème « Un esprit de dialogue ». Jusqu’au 23 janvier, la ville alpine idyllique de Davos se retrouvera une fois de plus au centre de la politique, de l’économie et de la diplomatie mondiales, alors qu’un nombre record de 3 000 dirigeants politiques, économiques et de la société civile devraient se réunir pour débattre des défis mondiaux les plus urgents.

Depuis plus d’un demi-siècle, la station de ski de Davos se présente comme « le lieu de rencontre des dirigeants ». Au cours de la semaine, des centaines de panels, de réunions à huis clos et de rencontres informelles auront lieu, dont beaucoup visent à apaiser les tensions dans un ordre mondial de plus en plus fracturé. Les organisateurs affirment que l’accent mis sur le dialogue reflète une préoccupation croissante selon laquelle la coopération internationale est mise à rude épreuve, alors même que les pressions géopolitiques, économiques et climatiques s’intensifient.

La réunion de cette année suscite une attention particulière sur les États-Unis, puisque le président Donald Trump envoie la plus grande délégation américaine de l’histoire du WEF, comprenant cinq secrétaires de cabinet, de hauts responsables de la Maison Blanche et des personnalités du Congrès. Même si la taille de la délégation témoigne de la volonté de Washington de façonner le dialogue mondial, le style politique de Trump s’accorde mal avec l’objectif déclaré du forum.

Le dialogue, par définition, repose sur le respect mutuel, le compromis et la volonté d’écouter.. Cependant, la rhétorique conflictuelle et les menaces de Trump – en particulier envers les alliés de l’OTAN – ont souvent mis à mal ces principes. Quelques jours seulement avant Davos, le président américain a de nouveau fait sourciller en suggérant des tarifs douaniers sur les pays qui ne soutiennent pas sa proposition d’annexion du Groenland, une remarque largement interprétée en Europe comme un autre exemple de politique de pression plutôt que de dialogue respectueux qui aide à construire un consensus et renforce l’alliance de paix la plus puissante du monde.

De telles déclarations risquent de tendre davantage les relations à un moment où l’unité de l’OTAN est mise à l’épreuve à des niveaux sans précédent. Pourtant, Davos s’enorgueillit depuis longtemps de réunir ses adversaires dans la même salle, et beaucoup espèrent qu’une diplomatie plus discrète en marge pourra réussir là où les postures publiques ont échoué. Les dirigeants européens, en particulier, devraient faire pression en faveur d’un ton plus stabilisateur. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le premier ministre canadien Mark Carney et le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte font partie de ceux qui sont considérés comme capables de renforcer le dialogue au sein de l’alliance transatlantique, en mettant l’accent sur la coopération plutôt que sur la confrontation. Le WEF a toujours favorisé le dialogue et un engagement soutenu, même avec des partenaires difficiles.

Comme les années précédentes, la sécurité sera renforcée. L’armée et la police suisses ont mis en œuvre de nombreuses mesures, notamment des points d’accès contrôlés, un espace aérien restreint et une coordination entre les forces fédérales et la police cantonale. La géographie de Davos, accessible par une seule route, en fait l’un des lieux de réunion les plus sûrs au monde, raison essentielle pour laquelle il continue d’attirer une telle concentration de participants de haut niveau. L’aéroport de Samedan, près de Saint-Moritz, est facilement défendable car la vallée peut être contrôlée depuis des points de sécurité sélectionnés le long de la vallée de l’Engadine.

Localement, l’événement reste controversé. Les fermetures de routes, les zones réglementées et la flambée des prix des logements frustrent à nouveau les habitants, tandis que le coût de la sécurité, estimé à plusieurs millions de francs suisses, est partagé entre le WEF, les autorités fédérales et cantonales et la commune. Pourtant, malgré les critiques persistantes et les interrogations sur sa valeur économique tangible, le forum ne montre aucun signe de perte de son attrait.

Dans le climat géopolitique actuel, Davos 2026 commence par une promesse ambitieuse. Reste à savoir si « Un esprit de dialogue » pourra survivre cette année dans un contexte de tensions croissantes. Mais pendant une semaine en janvier, la station alpine offre à nouveau un espace rare, quoique imparfait, où la conversation est encore possible.

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