Un an après la mort tragique de Matilde Lorenzi, une jeune star italienne prometteuse du ski âgée de 19 ans, les enquêteurs du parquet de Bolzano ont ouvert une procédure pénale formelle comprenant deux suspects nommés en relation avec l’accident. Cette annonce représente un développement important dans ce qui avait été auparavant traité comme un incident de formation tragique mais accidentel.

Lorenzi, athlète de l’équipe nationale junior et membre du groupe sportif de l’armée italienne, est décédé le 29 octobre 2024, un jour après une chute catastrophique lors d’une course d’entraînement sur la piste Grawand G1 du glacier Schnalstaler/Val Senales au Tyrol du Sud. Elle avait remporté deux championnats nationaux italiens en super-G et en slalom géant plus tôt cette année-là et a également remporté le titre national en slalom géant féminin junior. Elle était largement considérée comme l’une des prochaines grandes stars alpines italiennes.

Dans une déclaration publique, les parents de Lorenzi ont annoncé que le procureur Igor Secco avait rouvert l’enquête en février 2025 après que la famille eut partagé les conclusions de deux experts privés. La famille a engagé un expert médical et un expert technique pour enquêter sur les circonstances du décès de Matilde Lorenzi. L’expert médical Roberto Testi, directeur de médecine légale de l’ASL de Turin, affirme que Lorenzi n’est pas mort des suites de blessures cranio-faciales causées par une chute face première sur la pente, comme on l’avait initialement affirmé. Les conclusions de Testi concluent plutôt que le jeune skieur italien est décédé suite à un impact par derrière qui aurait provoqué un grave traumatisme thoracique et un « pneumothorax sous tension », qui aurait conduit à un arrêt cardiaque. Les conclusions de Testi suggèrent que les blessures de Lorenzi ne correspondent en fait pas à une chute vers l’avant. L’expert technique Ernesto Rigoni estime que Lorenzi a heurté un bord de piste surélevé laissé par une dameuse. Cet impact aurait pu être évité s’il y avait eu une marge de sécurité appropriée à côté des portes d’entraînement pour laisser de l’espace pour les sorties en ski en cas d’accident ou un filet de sécurité pour attraper les athlètes. Ni l’un ni l’autre n’étaient présents et Rigoni considère que les mesures de sécurité inadéquates sont un facteur considérable qui a contribué à la mort de Matilde Lorenzi.

Une enquête complète et une enquête sur les preuves sont actuellement en cours pour reconstituer les événements de l’accident. Deux personnes font actuellement l’objet d’une enquête pour homicide involontaire : Lukas Tumler, responsable de la sécurité des pistes du domaine skiable Alpin Arena Senales, et Angelo Weiss, l’un des entraîneurs de Lorenzi. Pour l’enquête sur les preuves, le juge d’instruction a désigné deux experts pour fournir des avis indépendants : Roberto Nizzi, expert en sécurité sur les pistes d’entraînement, et le Dr Mario Domenico Gulisano, pour l’enquête médico-légale. Les experts détermineront si la cause du décès est la première chute de l’athlète pendant le parcours d’entraînement ou, comme le prétendent ses parents, le choc ultérieur contre le bord non protégé de la piste. Il faut notamment vérifier si le retrait du bord surélevé ou d’autres mesures de sécurité, telles que des filets B, auraient pu empêcher le décès. Des preuves, telles que des documents et des vidéos de la Fédération italienne de ski (FISI), ont été assignées à comparaître à cette fin.

Les avocats de la famille affirment que l’affaire repose sur ce qu’ils qualifient d’« incohérences importantes » dans l’enquête initiale : plusieurs témoins n’ont pas été entendus, dont l’entraîneur adjoint de Lorenzi ; aucune autopsie n’a été pratiquée ; la scène de l’accident n’était ni sécurisée ni documentée ; et la vidéo de l’accident n’a pas été saisie. En fait, il a été initialement affirmé qu’il n’y avait pas de vidéo de sa course d’entraînement fatale, mais cela s’est avéré inexact. L’enquête sur la mort de Lorenzi a été close après seulement 24 heures, sans enquête approfondie et appropriée. La vidéo de l’accident a depuis fait surface. Elle a été visionnée, entre autres, par sa famille, qui a soumis la vidéo comme preuve en février de cette année, dans l’espoir que la réouverture de l’enquête renforcerait leur dossier.

Pendant ce temps, la famille Lorenzi a lancé la Fondation Matilde Lorenzi, à travers laquelle elle vise à canaliser son chagrin pour financer la recherche de nouvelles technologies susceptibles d’améliorer la sécurité des skieurs. La famille vient de terminer une collecte de fonds le 31 octobre, qui a permis de récolter plusieurs milliers d’euros pour la sécurité du ski en mettant aux enchères des souvenirs de courses de ski d’athlètes internationaux de la Coupe du monde, ainsi que d’autres légendes sportives.

La réouverture de l’enquête sur la mort de Lorenzi intervient quelques mois seulement après le décès du pilote italien de Coupe du monde Matteo Franzoso. Franzoso est décédé dans un accident d’entraînement à La Parva, au Chili, en septembre 2025. La mort d’un athlète de Coupe du monde a relancé le débat sur la sécurité de l’entraînement et a ramené le cas de Lorenzi au premier plan des discussions sur la sécurité des courses de ski.

Si la responsabilité est établie, les répercussions pourraient aller au-delà de cet incident et alimenter des réformes plus larges en matière de sécurité des entraînements, d’homologation des pistes et de bien-être des athlètes. Pour la famille de Lorenzi, l’espoir demeure que son souvenir deviendra un catalyseur de changement dans le ski de compétition.

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