Le Mont-Sainte-Anne, un joyau vertical au cœur de la région de la Capitale-Nationale du Québec, est l’une des destinations de ski les plus réputées au Canada et, de plus en plus, l’une des plus surveillées. Située à 40 km au nord-est de la capitale provinciale, la montagne offre 547 acres (221 hectares) de terrain skiable, un dénivelé de plus de 2 050 pieds (625 mètres) et une vue imprenable sur le fleuve Saint-Laurent. Les premières pistes ont été tracées en 1943 par des bénévoles locaux et la station a officiellement ouvert ses portes en 1966 avec dix pistes et quatre remontées mécaniques, dont la première télécabine de l’Est du Canada.

Dès le début, le Mont-Sainte-Anne a été une force déterminante dans le ski de l’Est canadien. Il a accueilli les événements des Jeux d’hiver du Canada et plusieurs courses de la Coupe du monde FIS, tout en attirant des bus remplis d’étudiants et de visiteurs internationaux. Avant la montée de Mont-Tremblant dans les années 1990, elle était la première destination de villégiature de la province. Au cours des décennies qui ont suivi, il est resté un élément clé du paysage skiable, avec sa taille, son emplacement et son héritage continuant d’ancrer son rôle dans l’économie touristique du Québec alors qu’elle entre dans une nouvelle phase d’investissement et de modernisation. La station accueillera des épreuves de ski alpin et de snowboard lors des Jeux d’hiver du Canada en 2027, marquant le retour des Jeux à Québec pour la première fois en 60 ans.

Aujourd’hui, la station est exploitée par Stations touristiques des Rocheuses canadiennes (RCR), qui l’a acquis en 1999. En 2001, l’homme d’affaires N. Murray Edwards a pris le contrôle de RCR et de ses propriétés. Edwards, président de Ressources naturelles canadiennespossède un large portefeuille qui comprend les Flames de Calgary et les Stampeders de Calgary. Cette structure de propriété demeure un élément important des discussions autour de l’avenir du Mont-Sainte-Anne, d’autant plus que le réinvestissement et l’intendance à long terme deviennent une priorité.

Défis opérationnels et réformes

Au cours des dernières années, le Mont-Sainte-Anne a fait face à des défis d’infrastructure et d’exploitation qui ont retenu l’attention du public. En 2020, des dysfonctionnements d’ascenseurs ont entraîné des blessures nécessitant une hospitalisation. En décembre 2022, une cabine télécabine est tombée au sol peu avant les heures d’ouverture, sans faire de blessés. En décembre 2025, la Régie du bâtiment du Québec a ordonné la fermeture temporaire de quatre remontées mécaniques à la suite d’inspections réglementaires. L’ouverture tardive des ascenseurs a suscité de vives critiques de la part des ministres québécois Kariane Bourassa et Jean-François Simard.

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Un projet de modernisation de 100 millions de dollars

Le Mont-Sainte-Anne entre maintenant dans une phase importante de réinvestissement. En décembre 2024, le Québec — par l’intermédiaire d’Investissement Québec — a annoncé un plan de modernisation de 100 millions de dollars canadiens (74 millions de dollars américains), dont 50 millions de dollars canadiens (37 millions de dollars américains) en prêts provinciaux qui seront égalés par le RCR. Bien que la province ait brièvement suspendu sa contribution à la suite de la fermeture des remontées mécaniques en décembre 2025, le projet a été rapidement autorisé à se poursuivre une fois que RCR a finalisé les commandes fermes pour de nouvelles infrastructures de remontées mécaniques.

Les responsables gouvernementaux ont depuis confirmé que la station respectait ses engagements. Tel que rapporté par Radio-Canada, Pierre Lefrançois, maire de L’Ange-Gardien et préfet de la MRC de La Côte-de-Beaupré, a qualifié les derniers développements de tournant positif :

« Nous sommes heureux parce que nous voyons que les annonces faites en 2024 progressent. Nous comprenons que les investissements vont atterrir sur la montagne, et c’est ce que nous souhaitions depuis le début. Nous sommes heureux que tout le monde se mobilise et renverse la situation. »

— Pierre Lefrançois, maire de L’Ange-Gardien

Le 26 mars 2026, la station a finalisé une commande auprès de Doppelmayr Canada pour trois nouvelles remontées mécaniques à grande vitesse. La pièce maîtresse est « L’Étoile Filante », une télécabine pour 10 passagers conçue pour une utilisation quatre saisons, incluant le vélo de montagne. Il fonctionnera à une vitesse de 19,7 pieds par seconde (6 m/s), avec une durée de trajet d’environ sept minutes et une capacité de 2 600 passagers par heure, soit une augmentation de capacité d’environ 33 %.

Deux télésièges débrayables supplémentaires de type pack de six complèteront la télécabine. Le South Express remplacera l’infrastructure existante par un tracé repensé reliant les secteurs plus efficacement, tandis que le North Express, dont l’achèvement est prévu en décembre 2028, améliorera la capacité dans le secteur nord.

Au-delà des remontées mécaniques, le plan prévoit une augmentation de 30 % de la capacité d’enneigement couplée à une réduction de 30 % de la consommation d’énergie, ainsi qu’un réaménagement des zones de base et des sommets. Une zone débutant repensée sera déplacée loin des itinéraires de retour à fort trafic. La vision plus large comprend également un développement immobilier potentiel qui pourrait générer jusqu’à 450 millions de dollars canadiens (331 millions de dollars américains) d’investissements supplémentaires. La construction devrait commencer à l’été 2026, avec des ouvertures progressives entre février 2027 et décembre 2028.

Un paysage compétitif et en évolution

Le Mont-Sainte-Anne se situe au cœur de l’un des corridors touristiques les plus importants du Québec, aux côtés de la chute Montmorency, de l’île d’Orléans et de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle demeure également la grande station balnéaire la plus proche de l’aéroport international de Québec. Selon l’Association des stations de ski du Québec, l’industrie du ski de la province a généré 425 millions de dollars canadiens (313 millions de dollars américains) de revenus totaux pour la saison 2024-2025, soit le deuxième meilleur résultat financier en vingt ans.

Le Mont-Sainte-Anne continue de susciter un intérêt soutenu de la part des exploitants extérieurs, et cet intérêt ne s’est pas démenti à mesure que le plan de modernisation progresse. Daniel Gauthier, cofondateur du Cirque du Soleil et propriétaire du Massif de Charlevoix, a soumis une proposition formelle d’acquisition en 2022 appuyée par un plan d’investissement de 175 millions de dollars canadiens (130 millions de dollars américains). Bien que cette offre ait été déclinée, des développements plus récents suggèrent que le dialogue reste actif.

Comme le rapporte Le Charlevoisien et Le SoleilGauthier a un mandat de lobbying enregistré pour discuter de la station directement avec le ministre Simard. Selon le greffe, les discussions portent sur les bénéfices potentiels d’une fusion entre le Mont-Sainte-Anne et Le Massif. Bien que le Groupe Le Massif ait refusé de commenter publiquement, l’activité de lobbying suggère que des visions alternatives pour la montagne restent actives à mesure que le réaménagement avance.

Parallèlement, un modèle différent de développement du ski émerge partout au Québec. L’entrepreneur Christian Mars, par l’intermédiaire de la Compagnie des montagnes de ski du Québec, bâtit un réseau de domaines skiables régionaux reliés par un système de laissez-passer partagés et des opérations coordonnées. Fondé en 2023, le groupe s’est développé grâce à une série d’ententes de gestion et d’acquisitions dans de petites stations québécoises, dans le but déclaré d’améliorer l’accessibilité et de renforcer la viabilité à long terme du ski régional. Mars a exposé ses ambitions d’étendre le réseau à une dizaine de stations balnéaires au cours des cinq prochaines années, positionnant le modèle comme une alternative à la structure traditionnelle de station balnéaire autonome.

L’intendance par conception : Parc du Mont-Sainte-Anne (SÉPAQ)

Un changement structurel majeur a déjà remodelé l’avenir du Mont-Sainte-Anne. La partie est de la propriété a été cédée à la SÉPAQ, qui la développe en parc régional axé sur la conservation. Cela sépare efficacement les terres publiques protégées des opérations de ski commerciales, concentrant les investissements sur le secteur alpin de l’ouest tout en préservant les atouts écologiques et récréatifs de l’est. Cette approche reflète un effort plus large visant à équilibrer la gestion de l’environnement et le développement du tourisme à long terme.

Le Mont-Sainte-Anne entre dans une nouvelle étape décisive. Les ascenseurs sont en commande et les travaux sont imminents. Même si la surveillance gouvernementale reste élevée, les parties prenantes locales expriment leur optimisme alors que l’accent est désormais mis sur l’exécution. L’intérêt extérieur continu ne fait que confirmer la position de la montagne comme un atout de premier ordre. Les pièces se mettent en place pour repositionner le Mont-Sainte-Anne au sommet du paysage skiable québécois en 2026-2027.

Nouvelle télécabine MSA

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