Des falaises blanches qui plongent dans une mer d’un bleu presque irréel. Un damier de ruelles calcaires où les bougainvilliers éclatent. Et ce sentiment, discret mais tenace, d’arriver quelque part qui ressemble à un secret trop bien gardé. Dans le sud de l’Italie, un village des Pouilles fait chavirer les carnets d’adresses et les conversations de voyage.

Ici, les façades blanchies à la chaux accrochent la lumière comme des voiles. Les balcons suspendus semblent flotter au-dessus d’alcôves marines. On ne sait plus si l’on rase la roche ou si l’on effleure le ciel, tant le paysage a le goût d’un horizon innocent.

Un balcon sur l’Adriatique

Accrochée à ses falaises, la vieille ville déroule des placettes lumineuses et des galeries naturelles percées par la mer. À l’ombre des porches, des fragments de poésie sont peints sur les murs, comme des embruns d’encre posés au hasard. L’étroite crique de Lama Monachile, enserrée de ponts, s’offre comme une scène à ciel ouvert.

"On a l’impression que tout tient par un miracle de pierre, que la ville respire avec les vagues", confie un visiteur les yeux encore salés. Un couple enchaîne : "On vient pour la photo, on reste pour la lumière".

Ce que la comparaison a de juste… et de trompeur

La tentation d’évoquer une île cycladique tient à ces maisons blanches, à ces parfums de citron et à des couchers de soleil violets sur les corniches. Les terrasses au-dessus des grottes, dont la célèbre Grotta Palazzese, jouent la même carte du spectaculaire marin. La roche tombe à pic, l’eau s’ouvre en anfractuosités infinies.

Mais la scène reste profondément apulienne, charpentée par des recettes de grand-mère et des accents rugueux. Ici, ce sont les chansons de Domenico Modugno, la statue des bras ouverts vers "Volare", qui donnent le ton. Là-bas, ce sont des trulli, des masserie, des oliviers millénaires, qui imposent la cadence.

Moments choisis et gestes essentiels

Le matin, le village s’ébroue dans une lumière lait-miel et le café sent la fève toastée. À midi, la mer se fait lame de verre, idéale pour les barques qui glissent vers des grottes ombragées. Le soir, la brise étire une rumeur de rires et de glaces, et les belvédères se transforment en loges.

  • À ne pas manquer: une baignade à Lama Monachile, une virée en barque dans les grottes, un coucher de soleil depuis les belvédères, une assiette d’orecchiette aux cime di rapa, un détour par la statue de Modugno.

Un art de flâner

Ici, on marche doucement, on écoute les pas taper le calcaire, on prend le temps de regarder les lessives belles. Une porte s’ouvre, un parfum de sauce tomate souffle comme un souvenir, une voisine rit en dialecte. Les marches sont polies par les semelles, l’ombre coule d’un balcon à un autre.

"Le meilleur plan, c’est de se perdre, puis de se retrouver sur un balcon au-dessus de la mer", souffle un restaurateur qui sert des poulpes grillés et des verres de fiano. "Ici, tout finit par mener à un belvédère", ajoute-t-il, un torchon sur l’épaule.

Table, verre et sel

Les menus vivent de pêche fraîche, de pâtes dessinées à la main, d’huiles vertes comme des jardins liquides. Les adresses ne se chuchotent pas, elles se sentent à l’odeur d’ail doux et de tomates tièdes. Un verre de primitivo, une tranche de focaccia tiède, et la mer allonge sa note saumâtre.

Les grandes maisons creusées dans la roche offrent des salles sombres et des terrasses ouvertes sur des gouffres bleus. Les trattorie de poche alignent trois plats et un sourire franc, plus convaincants que mille étoiles.

Quand partir, comment s’y faufiler

Les mois de mai et de juin donnent des journées longues et des foules souples. Septembre apaise l’ardeur, laisse aux ruelles un tempo respirable, et rend la mer encore tiède. L’hiver, la lumière devient tranchante, la ville parle doucement, les cafés s’étirent.

On rejoint la côte depuis Bari par un train lent, qui longe des tapis d’oliviers et de murets blancs. Louer un vélo devient une façon juste de rayonner, de s’arrêter quand le parfum des figuiers vous rappelle.

Préserver la beauté, vivre le lieu

L’engouement a son prix, et chaque voyageur a sa part de soin. Choisir des hébergements gérés par des familles, réduire le bruit tardif, respecter les zones de falaises, ce sont des gestes simplement décisifs. Acheter chez le boulanger d’angle, préférer une bouteille consignée, c’est donner de la force à l’économie locale.

"On ne protège pas un paysage avec des mots seulement", rappelle une habitante, panier d’herbes sur la hanche. "On le protège en marchant doucement, en disant bonjour, en fermant la porte sans claquer."

Au bout du promontoire, le vent fait claquer les draps comme des pavillons marins. La mer respire, la ville s’accorde, et l’on se surprend à murmurer un "volare" timide, les yeux pleins d’écume. Ici, rien ne force, tout invite. Et l’on repart avec une odeur de citron et de sel, rangée dans une poche de mémoire.

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